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Philippe Besson, forever young

 

« Vivre vite ». Mourir vite. Le titre de ce roman biographique sous forme de courts chapitres, témoignages des fantômes des proches ou lointains compagnons de voyage de James Dean, lui-même y compris, résume bien ce qui ne peut être résumé, c’est-à-dire la vie d’un être. On devient soi-même un compagnon de Jimmy.

Qui ne voudrait pas l’être ? A priori, rien ni personne ne pouvait résister au charme fatal blond (à la Marilyn Monroe), de cet enfant binoclard, petit et voûté, qu’Hollywood allait bien vite (trop vite ?) ériger en « Petit Prince » du grand écran. Cet orphelin trop vite abandonné par sa mère allait la rejoindre, trop vite sûrement, dans un destin tragique digne d’un long-métrage d’Elia Kazan. « Comme elle est partie, Jim a les nerfs. Jimmy boit du gin dans sa Chrysler. La presqu’île, le boulevard de la mer est con. Comme elle est partie, attention : Jimmy tourne en rond. » Je suis donc devenu compagnon de La Ballade De Jim (A. Souchon), de ses premiers cours de claquettes, jusqu’à son dernier claquage (car vous vous doutez bien de la fin de l’histoire…).

Que vous en dire ? Jimmy, éternellement jeune, demeure un mystère. Et je dois relever le talent de l’auteur, qui n’a pas cherché à peindre un portrait trop cru ou trop certain du personnage. Cela reste un portrait impressionniste des plus réussis, aux teintes fauves, car l’être était un animal. On demeure curieux et interrogateur face à ce portrait sauvage et fuyant tel une étoile filante, éteinte trop tôt. Mais finalement, mieux vaut-il une vie courte et intense ou une vie longue et éteinte ? Philippe Besson nous irradie de la lumière de Jimmy, nous laissant subtilement traces et indices, avec le sérieux et l’application des journalistes libres et consciencieux, de cette clarté si mitoyenne de l’obscurité et de la part voilée d’un être qui semblait être « l’ambiguïté même ».

L’ambiguïté commence avec sa mère qu’il adore et qu’elle adore, et qui l’encourage dans la voie artistique contre un père plus conventionnel. Elle meurt prématurément. Alors Jimmy tourne pas rond, oscille entre insomnies profondes et emphases soudaines. L’ambiguïté persiste. Puis surgit l’Amour, celui qui marque, d’une actrice aussi passionnée que lui. Amour avorté. « Depuis deux ans, sûr, Jim bossait fort pour que sa starlette bronze en hors-bord. Avec elle, il voulait un bébé, sans rire. Comme elle est partie, attention : Jimmy veut mourir ». Jimmy tourne devant la caméra ; derrière la caméra, il fait frénétiquement tourner le moteur de ses engins. Entre deux prises, Jimmy fait la course. Son premier cachet conséquent, il le dépense en montures plus rapides les unes que les autres. L’ambiguïté est aussi sexuelle. Il se donnait à tous, femmes et hommes, sans ne jamais appartenir à personne. L’Art, les hommes, les femmes, l’alcool, les engins, furent violemment et ardemment embrassés. « Est-ce que ça fait de moi une pute ? », s’interroge Jimmy (selon Philippe). C’est là-même la définition de l’acteur, offert et insaisissable pour tous, lui répondrais-je. Et Philippe s’empresse de rajouter : « Les génies ont le droit de faire chier le monde. ». Philippe, ton génie ne nous fait pas chier le moins du monde. Jimmy, ton génie ne fait sûrement pas chier dans l’autre monde.

Vincent Cheikh

« Vivre vite » de Philippe Besson,
Julliard, 252 pages



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