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Nina Bouraoui

 

Par Caroline (juin 2010)

C’est à rebours que je les ai lus : d’abord La Vie heureuse , ensuite Garçon manqué , alors que la chronologie des faits relatés et la parution des livres veulent que Garçon manqué vienne en premier. En effet, Nina Bouraoui écrit Garçon manqué en 2000 et La Vie heureuse en 2002.

Garçon manqué, c’est l’histoire de Nina dans les rues d’Alger, de Nina dans l’enfance. Elle raconte Amine, l’absence de son père, l’asthme de sa mère, ses vacances à Saint-Malo. Elle écrit la rencontre de son père et de sa mère, la rencontre de la France et de l’Algérie. Elle écrit sa double identité : elle s’appelle Yasmina à Alger, elle s’appellera Nina à Saint-Malo ; sa double culture : « Je viens d’une union rare. Je suis la France avec l’Algérie », écrit-elle. Elle est tantôt Ahmed, un garçon qui joue au football sur la plage de Zéralda ; elle est tantôt son père, elle protège sa mère ; elle est tantôt Amar, le frère disparu, le silence de son père. Et puis, elle devient Brio « un garçon avec la grâce d’une fille ». Tout au long de ce récit, elle est une vie qui mue.

Dans La Vie heureuse, il y a Marie qui ressemble étrangement à Nina. Il y a Zürich et Saint-Malo. La Vie heureuse continue ce que l’auteur avait commencé avec Garçon manqué : une quête de soi. Mais elle quitte l’autobiographie, elle troque son prénom Nina pour Marie. Elle a grandi. Elle a dû laisser Alger. Et elle nous propose deux récits en alternance. Le premier récit est celui de Saint-Malo. Il retrace un été de vacances dans la famille de Marie. C’est le récit de la fin de l’enfance, de la fin de son amitié avec Marge mais surtout de la mort de sa tante Carol, la sœur de sa mère, emportée par le cancer. Le second récit, qui du point de vue temporel se déroule avant celui de Saint-Malo, se passe à Zürich, en Suisse, pendant l’année scolaire, en l’absence du père. C’est le récit du désir et de l’amour pour Diane.

La phrase de Nina Bouraoui est minimale. Lorsqu’elle s’étend, c’est pour faire place à l’énumération. Elle est répétitive, entêtante. Incisive et touchante. Elle se fait poétique et démonstrative. C’est un lyrisme retenu, pudique. La phrase de Nina Bouraoui questionne aussi. Elle questionne le corps, elle triture la peau : « je sens la peau qui s’ouvre ». Elle questionne surtout l’identité : fille ou garçon, algérienne ou française, « j’ai deux passeports. Je n’ai qu’un seul visage apparent », dit-elle dans Garçon manqué. C’est aussi une écriture du morcellement. La cohérence du récit et a fortiori la construction de l’identité des narratrices se font au croisement des deux récits dans La Vie heureuse et dans le lien créé entre chaque petite pièce de vie écrite dans Garçon manqué.

Ces romans sont une mosaïque. Une mosaïque qui dit la pluralité de l’identité, qui dit la pluralité des sentiments. Nina Bouraoui invente une écriture : ses phrases sont comme des petits carreaux de faïence qu’elle pose les uns à côté des autres. Elle jouxte des carreaux aux couleurs très différentes : « J’ai envie de l’embrasser. J’ai envie de la mordre. Je l’aime. Je la déteste. ». C’est une recomposition de l’être qui rassemble les morceaux, les juxtapose, les assemble pour en faire une unité : l’identité de la narratrice. Mais c’est une mosaïque incomplète : la fin de La Vie heureuse ne donne pas l’impression d’être une fin. En effet, la problématique de l’identité ne se limite pas à ces seuls ouvrages. Elle commence avec Garçon manqué. Elle continue avec La Vie heureuse. Elle se prolonge avec Poupée bella (2004) et dans Mes Mauvaises pensées (2005).



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