Centre LGBT Paris-ÎdF, le Centre Lesbien, Gai, Bi et Trans de Paris et Île-de-France

« Mes années Têtu »

 

Par Thomas (février 2011)

Eté 1995. Têtu faisait son apparition chez les marchands de journaux. J’avoue n’avoir découvert le magazine qu’à partir de son deuxième numéro, mais je l’ai assez vite adopté. Têtu, je m’en souviens d’abord comme de mon premier acte d’affirmation homosexuelle. Je me revois encore débarquer chez mon buraliste habituel et lui présenter mon « magazine des gays et des lesbiennes », glissé, je l’avoue aujourd’hui, entre Le Monde et Les Echos, histoire de me donner quelque contenance. C’était il y a 15 ans, et que d’évolution depuis ! Dans ma vie, et dans la ligne éditoriale ; dans la place des gays et lesbiennes dans la société aussi, je crois. Depuis, Têtu a quitté les étagères pour adultes chez les marchands de journaux (à l’époque, il était rangé bien haut, au milieu des journaux de cul) et s’affiche même chaque mois sur les kiosques et dans les gares. De mon côté, j’ai fait mon coming-out et suis fier de qui je suis et de ma sexualité. Et je peux lire mon magazine dans le train sans que personne ne trouve rien à redire. Le ton provocateur et rentre-dedans des premiers numéros (de vrais fous rires en lisant ces pages d’auto-dérision, je vous engage vivement à les relire) a fait place aujourd’hui à un fond plus consensuel et, disons-le, embourgeoisé et boboïsé. Les vedettes en une (Etienne Daho, Catherine Deneuve, Alex Taylor, Tom Cruise) ont cédé la place à des cover-boys tout droit sortis de Men’s Health. Mais Têtu est toujours là, bien visible, presque un symbole de notre intégration progressive. Militant à sa façon.

Bien sûr, le magazine n’est pas exempt de reproches. Parisien ? Sans doute. Un peu trop centré sur les garçons ? C’est évident. Grand public ? Oui, et alors ? Les filles peuvent lire Elle chaque semaine ; pourquoi les gays ne pourraient-ils pas prendre plaisir à se distraire chaque mois avec Têtu ! Les plus « anciens » pourront regretter Gai Pied (que je n’ai pas eu le temps de connaître), mais Gai Pied n’est plus. Têtu est là et fait aujourd’hui partie de la presse nationale que tout le monde connaît. Le magazine a accompagné nos 15 dernières années et permet à chacun aujourd’hui d’avoir un bon panorama de tout ce qui nous est arrivé. Dès le départ, les journalistes ont fait un vrai travail de vulgarisation et d’information autour du sida ; reprendre l’historique des articles de Têtu + permet de suivre l’évolution des traitements disponibles et des politiques de santé. L’actualité, qu’elle soit people ou plus « profonde », suit aussi l’histoire de notre visibilité, au fil des coming out successifs d’acteurs, politiques, présentateurs, chanteurs ou sportifs ; elle retrace l’évolution de nos revendications, autour du mariage et de l’homoparentalité par exemple ; elle met en lumière la continuité de l’action nationale et locale par le travail des associations partout sur le territoire et à l’étranger… Bref, une vraie photographie de la vie LGBT depuis 15 ans. Qui peut intéresser toute personne désireuse de se replonger dans cette histoire, à des fins de recherches, d’études, ou de plaisir de réveiller ses souvenirs personnels.

Aussi ai-je pris un certain plaisir à consacrer ces derniers mois à « dépouiller » chaque numéro de Têtu, pour mettre en ligne sur le site de la bibliothèque du Centre LGBT la liste exhaustive des articles publiés depuis 1995. Chacun peut désormais y rechercher un article sur tel ou tel sujet. Cet article est donc aussi l’occasion de rappeler que la collection est consultable par tous, lors des plages d’ouverture de la bibliothèque, au même titre que tous les autres magazines que nous proposons, de tous pays et toutes époques (consultez notre catalogue en ligne, vous verrez l’étendue de notre fonds).

Malgré ses défauts et ses faiblesses, j’espère aujourd’hui que Têtu continuera à nous accompagner pendant encore 15 ou 30 ans, et plus encore si affinités. Qu’il continuera de nous représenter, de manière plus visible pour le grand public que les web-magazines. Et que chacun, homo, bi ou même hétéro, garçon, mais aussi je l’espère fille ou transgenre (encore trop sous-représentés par Têtu, il faut le reconnaître), pourra y trouver quelque intérêt, chaque mois ou de manière plus ponctuelle. Nous continuerons en tout cas à la bibliothèque notre travail pour nous en faire les relais !



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