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Mars 1988, les séropos de l’Hôtel de Ville

 

Début 1987, Jean-Michel L., maître-nageur sauveteur stagiaire de 32 ans à la piscine de la rue Rochechouart, dans le 9ème arrondissement de Paris, doit subir une série d’examens dans le cadre de ses visites médicales régulières. Le docteur Meignan, médecin-chef de la ville, décide de le placer sous le coup d’une « inaptitude physique », mais refuse de lui fournir le résultat des examens. Se sachant déjà séropositif, Jean-Michel comprend que la ville a procédé à des tests sanguins sans lui en faire part ; les services médicaux de l’Hôpital Saint-Antoine lui confirment en effet la présence du test dans son dossier, accompagné de la mention « homosexuel ».

Indigné par la démarche, Jean-Michel décide de porter l’affaire sur la place publique et de porter plainte contre la Ville de Paris. Peu à peu, les langues se délient. Il semblerait que, depuis quelques mois, les services médicaux de la mairie ont pris l’habitude de pratiquer des tests sanguins sur les candidats à l’embauche ou à la titularisation, sans en informer toujours les employés. Certains séropositifs auraient juste été informés des résultats, d’autres auraient été remerciés.

L’affaire rebondit début mars 1988. Bernard Festy, responsable du laboratoire municipal, reconnaît que 480 tests HIV ont été pratiqués sur des agents municipaux en 1987. Les syndicats s’emparent de la question. La CFDT explique par exemple que, « après que deux bibliothécaires furent morts du sida, tous les bibliothécaires ont été convoqués, tous les hommes jeunes, entre 20 et 40 ans » et appelle au boycott de toutes les visites médicales prescrites par les médecins-chefs de la ville.

L’ambiance est donc tendue ce 21 mars 1988, lors du Conseil de Paris. Georges Sarre, député et conseiller municipal de la capitale, secrétaire national du PS, reprend les révélations de M. Festy et demande des comptes à la municipalité. Le débat dure 45 minutes. Les adjoints au maire finissent par passer officiellement aux aveux. Jean Cherioux, adjoint chargé des affaires sociales et sanitaires, admet les tests, mais en rejette l’entière responsabilité sur les services médicaux, en expliquant que ni le maire ni ses équipes n’ont rien demandé. Enfin, les règles relatives au dépistage n’ont été précisées par le ministère de la Santé qu’à partir de juillet 1987 et que, depuis cette date, plus aucun test de dépistage n’a été mené sans que l’intéressé n’en soit informé et ne l’autorise…

L’arrêté de licenciement de Jean-Michel L. sera finalement annulé le 30 mars 1989 par un jugement du tribunal administratif, et le Conseil de Paris autorisera en avril 1990 la municipalité à lui verser une indemnité transactionnelle…

Sources : Gai Pied Hebdo n° 266 (18 avril 1987), n°299/300 (19 décembre 1987), 311 (12 mars 1988), 314 (2 avril 1988), 421 (24 mai 1990)…

Thomas Dupuy



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