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Le Père de Frankenstein, de Christopher Bram

 

Par Éric (avril 2010)

« Zoom sur » nous invite ce mois-ci chez les monstres.
Le Père de Frankenstein imagine ce qu’ont pu être les derniers jours de James Whale, le réalisateur ayant mis en image la série des fameux Frankenstein, retrouvé dans sa piscine après s’être suicidé en 1957.
Petit rappel si nécessaire : le terme « Frankenstein » ne désigne pas le monstre lui-même mais son créateur, le professeur Victor Frankenstein.

En initiant la série des Frankenstein au cinéma, James Whale a été l’auteur d’une des images les plus célèbres du XXème siècle : le fameux monstre de Frankenstein, si caractéristique avec sa tête carré rattachée au corps grâce à une série d’écrous.

Avec Le Père de Frankenstein, Christopher Bram propose un roman attachant dont l’action se déroule à Los Angeles à la fin des années 1950 avec de réguliers flashbacks.

A l’ouverture du roman, James Whale est un vieil homme fatigué qui se sait condamné par la maladie et les attaques cérébrales à répétition. Son corps, son esprit et ses sens lui font défaut provoquant ainsi des hallucinations.
Une rencontre vient animer la retraite du réalisateur. Clay Boone, le jardinier. Clay Boone est un pur produit de la Californie ensoleillée. Il est jeune, surfeur, peu cultivé et vit dans l’ombre des célébrités qu’il espère rencontrer dans les villas où il tond la pelouse. Boone n’est pas seulement le jardinier de Whale. Il devient également modèle pour des portraits peints par le réalisateur. Ces séances de pose permettent aux deux hommes de se découvrir. Alors que Boone est amené à quitter ses vêtements, Whale en profite pour évoquer son passé. Son enfance en Grande-Bretagne, les combats de la Première Guerre Mondiale ou ses années de jeune réalisateur à succès à Hollywood. Un thème revient : le souvenir des hommes qu’il a aimés ou étreints au cours de sa vie.
L’écart entre les deux hommes est si grand que tout rapprochement semble impossible. L’un est jeune, sans culture et vit dans une caravane rouillée par l’air marin. L’autre attend la mort, est imprégné de culture européenne et vit dans une luxueuse villa à Hollywood. Les remarques de l’Anglais face à l’ingénuité du jeune Américain sont d’ailleurs savoureuses. Néanmoins, malgré leurs différences, on assiste à la naissance d’une complicité voire d’une séduction réciproque.

L’orientation sexuelle de Whale devient d’ailleurs vite un sujet. Le récit et les souvenirs de Whale, homosexuel ancien gradé de l’armée Britannique ayant connu les tranchées, finissent de détruire les certitudes de Boone, lui qui drague les filles en s’inventant des exploits de soldat. Ces échanges font naitre entre l’artiste et le modèle une évidente tension affective. Toutefois, l’ouvrage échappe à toute romance mièvre et le propos n’est pas de raconter une énième histoire d’amour sur le thème de la jeunesse perdue. Ici les rapports sont violents et intenses.
Le lecteur constate les effets de la déchéance physique qui tue la créativité ainsi que l’incohérence de cette relation prête à exploser à tout moment. Car, comme avec le monstre de Frankenstein lors des tournages de ses films, Whale est calculateur et trouve en Boone un sujet qu’il compte manipuler pour accomplir un dessein tragique. L’intérêt du vieux réalisateur pour le playboy prend alors sa signification en apportant un élément de suspens au récit.
Un autre intérêt du roman réside dans la description d’Hollywood à la grande époque des studios entre villas ensoleillées et soirées de première. L’auteur trace des portraits touchants et pleins de vie. On y croise ainsi une altesse royale égarée en Amérique, un acteur marié qui n’est pas insensible au charme du serveur, un réalisateur qui invite de jeunes sportifs autour de sa piscine. Hollywood dans les années 1930 illustre cette hypocrisie consistant à tout accepter mais à ne surtout rien dire.

Le Père de Frankenstein est un roman très visuel qui ne s’enlise pas dans des considérations psychologiques compliquées mais qui malgré tout parvient à émouvoir le lecteur en évoquant une réflexion sur la mort et sur la vanité. L’auteur insiste sur le fait que Whale regrette de rester pour beaucoup le génial réalisateur de films fantastiques alors que ses œuvres les plus ambitieuses restent négligées.
Les amateurs de fantastique qui s’intéressent à l’auteur des Frankenstein pourront regretter la dimension fictionnelle du livre puisque si James Whale a bel et bien existé, les autres personnages et les circonstances de sa mort telles que décrites dans le livre sont issus de l’imagination de Bram. Ce livre est donc bien un roman qui est parfait pour une lecture au soleil dans un parc ce printemps.

A noter, Le Père de Frankenstein a été adapté au cinéma à la fin des années 1990 par Bill Condon, sous le titre Ni dieux, ni démons (Gods and Monsters, titre original). Ian MacKellen y interprétait Whale avec distinction et sensibilité.



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