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La Garçonne : libération sexuelle, émancipation des femmes et mariage pour tous

 

Par Antigone (juillet 2013)

La Garçonne est un roman de Victor Margueritte publié en 1922. Il raconte l’histoire de Monique Lerbier, jeune bourgeoise idéaliste qui découvre quelques jours avant son mariage que son fiancé la trompe. Contre l’avis de sa famille, elle rompt brutalement son mariage. Puis, désabusée, elle décide de vivre libre, comme un garçon, et enchaîne les aventures amoureuses avec des hommes, mais aussi avec des femmes. La Garçonne, qui fut qualifié de pornographique, valut à son auteur d’être radié de la Légion d’honneur.

Monique Lerbier expérimente les hommes, les femmes, et la drogue. La trajectoire de la jeune femme est singulière en ce sens qu’elle décide de braver tous les interdits de son milieu et s’autorise la plus grande liberté. Elle agit comme tous les hommes de son entourage et, affirmant sa liberté, décide de se comporter comme un garçon… c’est-à-dire en garçonne.

Pour avoir une idée du chemin parcouru depuis cette époque, on constate que la trahison de son fiancé, qui entretient une maîtresse, est jugée acceptable, alors que le simple fait qu’elle ait pu avoir, par dépit, une aventure d’un soir avant son mariage est jugé insupportable par son père qui s’exclame : « Aussi bien, la « faute » de Lucien n’est-elle plus rien, à côté de la tienne !... » Pire, au lieu de prendre la défense de sa fille trahie, son père tente même de lui expliquer que le comportement de son fiancé n’est pas autre chose qu’une convention sociale. Le besoin de vérité de sa fille rompt tout l’équilibre d’une société bourgeoise fondée sur l’hypocrisie assumée. Et alors que c’est elle qui est victime de la tromperie, il ira jusqu’à l’accuser d’intolérance, assénant : « Te doutes-tu que tu piétines toutes les conventions sociales ? Mais avec ta vérité, puisqu’il n’y a que la tienne qui compte, ce n’est pas seulement le mariage, c’est la vie qui deviendrait impossible !... Voyons ! Voyons ! Revenons à la réalité. Un peu de tolérance, un peu de largeur d’idées… »

La révolte de la jeune femme naît donc sur les cendres de ses illusions. Monique Lerbier choquera toute une société alors que son propos n’est rien d’autre qu’une aspiration toute légitime à l’égalité des sexes. Lors d’une discussion avec un amant réfractaire à cette liberté, Monique explose : « Oui, […] l’égalité… L’égalité […] dont nous avons besoin aujourd’hui, comme du pain… comme du soleil !... »

Avec son personnage archétypal, La Garçonne se veut le roman d’une génération de femmes qui symboliquement se coupèrent les cheveux et prirent leur vie en main, en dépit des lois tacites de la bienséance. Il fallait pour que le message passe qu’il fût associé au plaisir. Ces Années folles resteront celles de la débauche et de l’expérimentation de toutes les libertés. Au sortir des heures sombres de la guerre, le cocktail complexe de désir de vivre et d’envie de liberté fut explosif et émancipateur.

L’actualité du moment, s’agissant du mariage pour tous, ne doit pas faire oublier que le combat pour les droits des femmes passa par une sévère critique du mariage en tant que fondement de la filiation et de l’héritage et dont la fonction contractuelle était le socle de toute la société bourgeoise capitaliste.

De fait, dans son désir de défendre l’égalité des femmes, Margueritte interroge cette institution ainsi que la maternité. Certaines des réflexions des personnages trouveront un écho très fort chez les féministes des années 70. Monique explique par exemple que : « Le mariage sans l’amour n’est […] qu’une forme de prostitution ». S’agissant de la maternité, elle songe : « n’était-ce pas, de toutes les servitudes féminines, la plus mortifiante, la pire ? La maternité n’avait de raison d’être, et de grandeur, que consentie. Mieux : voulue. » Que l’on songe à ce slogan d’une des manifestations pro-mariage clamant que chez les gays, au moins, il n’y aura pas de naissance accidentelle…

A l’aune de ce roman, on s’aperçoit que sortir de l’aspect bourgeois du mariage pour le fonder sur le seul amour partagé est un concept tout simplement révolutionnaire… et inacceptable pour une certaine société.
C’est pourquoi, en guise de conclusion, laissons la parole à un des personnages du roman qui résonne de façon prophétique en 2013 :

« La famille n’est qu’un mot, si on la fonde sur le seul préjugé du sang. Oui, chaque jour m’en persuade davantage : la vraie filiation, c’est celle de l’intelligence du cœur. »



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