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L’Étoile rose de Dominique Fernandez  : « Je me suis souvent demandé à quel signe j’avais reconnu que je n’étais pas comme les autres. »

 

Par Antigone (août 2013)

Né en 1929, Dominique Fernandez, présenté comme le premier académicien ouvertement gay, est entré à l’Académie Française en 2007. Normalien, agrégé d’italien, il soutint sa thèse en 1968. Son œuvre protéiforme se décline sous forme de romans, essais, traductions... et même un guide touristique sur Amsterdam ! Grand voyageur et immense conteur, Dominique Fernandez reçut le prix Médicis en 1974 et le prix Goncourt en 1982. Le prix Médicis couronna Porporino ou les Mystères de Naples, fresque foisonnante sur la ville de Naples au XVIIIe siècle racontée au travers des mémoires d’un castrat. C’est à l’occasion de la parution de ce roman qu’il fit connaître au public son homosexualité. Le prix Goncourt quant à lui récompensa Dans la main de l’ange, roman inspiré de la vie de Pasolini.

L’homosexualité est un thème central de l’œuvre de Dominique Fernandez. À ce titre, L’Étoile rose, roman publié en 1978, est devenu un ouvrage majeur de la culture gay.

L’Étoile rose est écrit à la première personne. Le narrateur décide de raconter sa vie à son compagnon de 20 ans plus jeune que lui. Il le fait afin de clarifier leur relation, en expliquant à son jeune amant les raisons, les motivations, le trajet personnel qui ont fait de lui ce qu’il est.
Dominique Fernandez déroule donc la vie de son personnage de la libération en 1944 à la fin des années 70. Ce faisant, il le confronte aux évolutions sociétales de l’homosexualité durant presque quarante années. C’est à la fois une page d’histoire et la vision subjective du personnage sur son vécu et sur la société.

Le roman commence par une explication en forme de projet : il s’agit, pour un homme qui a du se construire douloureusement et dans une société répressive, de se raconter à un jeune homme bien plus libéré, car « né » sur les barricades de 68. Ainsi explique-t-il : « Je suis une partie de toi-même. La plus précieuse peut-être, ta mémoire inconsciente, d’où tu tires ta gaieté, ton insolence et ton charme. Les larmes de découragement, je les ai versées à ta place, et l’injustice du destin, je l’ai subie pour toi. Je suis ton propre passé. »

Puis commence la narration proprement dite. La vie difficile des homosexuels dans les années 50 et 60 est racontée avec force. Le narrateur, professeur dans une petite ville de province, est confronté à toutes les difficultés que rencontrent les homosexuels : l’ostracisme, la répression policière, la violence sociale. Surtout, il est confronté à sa propre intériorisation de la haine de l’homosexuel. C’est à l’occasion d’une dépression qu’il finira par s’ouvrir à un collègue psychanalyste.

La vie du narrateur est un lent cheminement, une reconstruction de lui-même contre son éducation, contre les tabous d’une époque. Grâce à la psychanalyse, il arrivera enfin à s’assumer. Mais il finira ensuite par rejeter cette même psychanalyse comme n’étant finalement qu’un des nouveaux visages de l’assimilation. Le psychanalyste, sous des dehors tolérants, est devenu un des « nouveaux confesseurs […] de la bourgeoisie » dit le narrateur. Où l’on saisit toute l’ambivalence de son rapport à l’homosexualité qui, pour lui, est à la fois un fardeau et un signe d’élection. La psychanalyse finit par enlever à l’homosexuel toute sa singularité : « Il n’est pas simple, quand on a grandi dans l’aristocratie du malheur, de tomber dans la roture du confort. » Au final, pour le narrateur, la psychanalyse est une bonne chose… à condition d’en sortir.

Le roman montre également comment la réflexion des homosexuels est partie prenante de ce qui fera 68 et comment, malgré cela, malgré leur apport indéniable et fondateur, ils en furent exclus. Son amant subira un véritable procès stalinien l’excluant du PC pour cause d’homosexualité. Dans un sursaut de fierté, le jeune homme déchirera sa carte lui même, emportant avec son exclusion la seule chose qui vaille la peine : la liberté. Mais le rendez-vous entre la révolution sociale et son corollaire, la révolution sexuelle, sera manqué. Ce qui fait dire au narrateur : « Si le capitalisme, pour se développer, s’est appuyé sur l’institution familiale, si le mariage correspond à une structure économique bien précise, pourquoi les communistes refusent-ils de s’associer aux luttes pour la liberté sexuelle » ?

On ne saurait résumer un roman qui raconte un demi-siècle de vie homosexuelle. Du bourgeois hypocrite, marié et vivant caché, à la relation du héros avec sa mère, des luttes érudites du mouvement Arcadie aux revendications musclées du FHAR, de la description de la « honteuse » et des ravages du déni à l’apparition du mot « gay » dans le vocabulaire des années 60, le roman se termine en son dernier chapitre par un état des lieux sociologique, statistique, psychanalytique, médical, religieux, politique… de l’homosexualité à la fin des années 70.

Dans le contexte actuel qui voit se raviver l’homophobie, il n’est peut-être pas inutile de se rappeler que le chemin qui nous a menés à la dépénalisation puis au mariage fut long et souvent douloureux. À ce titre, lire L’Étoile rose, c’est faire un retour enrichissant sur un passé très proche, permettant de souligner toute la fragilité des avancées du droit à l’égalité des homosexuels. 



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