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Geneviève Pastre, Une femme en apesanteur : « Je ne veux pas être celle qui ne donne rien. Il y a un risque à courir. Il faut courir ce risque. C’est pourquoi il convient de déplacer les montagnes. »

 

Par Antigone (septembre 2013)

Vouloir écrire sur Geneviève Pastre donne le vertige. Geneviève Pastre, c’est un monde, un univers, une galaxie, la figure même de la création. Tout, elle a tout fait. Professeure, actrice de théâtre, mime, poète (L’Espace du souffle, Octavie ou la Deuxième Mort du Minotaure…), essayiste (De l’amour lesbien…), grammairienne (Le Nouveau Manuel d’orthographe), éditorialiste (Masques, Homophonies, Gai Pied…), éditrice (Les Octaviennes), militante (Arcadie, Front homosexuel d’action révolutionnaire [FHAR], Comité d’urgence anti-répression homosexuelle [CUARH], Rencontre des homosexualités en Île-de-France [RHIF]…), présidente ou animatrice de radio (Fréquence Gaie, Radio Libertaire), femme politique (Les Mauves), blogueuse…

Les biographies sur elle se bousculent sur internet, toutes plus riches les unes que les autres. Quelques vidéos subsistent sur le site de l’Institut national de l’audiovisuel, permettant de mettre non seulement une image sur son nom mais aussi une voix, un regard pétillant, vif, curieux, amusé.

Multipliant les exercices, les expériences, les actions, les militantismes, les livres, les publications, cette femme est énorme, hors norme, hors cadre.

Elle nous a quittés en 2012, au bout d’une vie de luttes mais aussi de rires, de passions, de combats, d’engagements, de coups de colères, d’impatiences, de coups de force.

Tout le monde (ou presque) a entendu parler d’elle. On propose son nom pour baptiser une salle du Centre LGBT Paris–Île-de-France, on fait d’elle une icône, un monument. L’expression « figure du monde homosexuel » revient dans tous les textes qui lui rendent hommage. Mais que sait-on vraiment d’elle au final ?

Lire sa poésie est une chose. Sans doute est-ce la meilleure façon de la connaître intimement. Mais on peut aussi se référer à son autobiographie qui est probablement son texte le plus abordable. Publié en 2002, ce lourd pavé s’intitule pourtant Une femme en apesanteur.

Comme dans toute autobiographie, Geneviève Pastre suit la chronologie de sa vie, une vie qui, au gré de ses luttes, s’entremêle complètement avec l’histoire du mouvement homosexuel depuis la fin des années 70. De fait, elle le dit : « 1976, je me lève, mon combat commence ». Rien que pour cela, il est très enrichissant de lire ce texte.

Geneviève Pastre disait à ses élèves de faire des plans organiques et non des plans rhétoriques. Pour elle, « les premiers contiennent le développement réel de votre réflexion, et les seconds ne sont qu’un ordonnancement superficiel et stérile ». Sans doute est-ce pour cela qu’écrivant ses mémoires, elle ne peut résister à ses inspirations et multiplie les digressions. Souvent, au détour d’une anecdote, elle suit une idée, tire un fil, développe, élargit, pense. Les années se mélangent au gré des souvenirs, les flashbacks sont nombreux, les parenthèses permanentes. Lire ce livre, c’est se promener dans un labyrinthe, un jardin anglais, la salle des miroirs d’une fête foraine. On est estomaqué au sens premier du terme, souffle coupé par cette montagne à franchir. L’ampleur de cette vie ébahit, époustoufle, stupéfait, décoiffe ! Et cela donne une pêche, une force, une envie… cela donne. Car Geneviève Pastre a passé sa vie à donner, du temps, de l’énergie, de la volonté. À la lecture de ce que furent ses combats, il semble qu’aucune porte ne lui résistât pourvu qu’elle eût envie de la pousser.

La subjectivité même du texte nous en rend la lecture passionnante. On devine une femme qui arrive avec ses partis pris, ses désirs, ses certitudes et que rien n’arrête. Elle ne s’embarrasse pas de circonvolutions pour dire de tel ou tel ce qu’elle pense. En bien, en mal, elle parle. Elle agit. Elle court à l’aventure et c’est cela son moteur. L’aventure toujours.

Jusqu’au bout, elle militera, écrira, pensera.

Geneviève Pastre devient une icône, un monument, une figure ! Et pendant ce temps, on oublie de la lire ! Alors, si un besoin d’envie, un désir de désir, venait peser sur votre moral, venait ralentir votre pas, venait alourdir votre vie… lisez sa vie, lisez son autobiographie et prenez-en toute l’énergie. Geneviève Pastre, c’est tellurique, tectonique, c’est la force vitale incarnée.

Aussi, en guise de conclusion, mais non de point final, laissons-lui le dernier mot : « […] j’ai foncé à tout va, sans filet, avec une allégresse qui me donne un rire qui ne s’éteindra qu’avec moi, ayant épuisé tout le possible. […] j’écris cela pour encourager les jeunes femmes ou hommes à oser. »



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