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Femmes en très haute tension

 

Par Catherine (janvier 2010)

C’est la formule que m’évoque Martine Roffinella qui, par romans aussi brefs qu’impitoyables, expose la férocité du désir et le goût de la possession comme possibles versions de l’érotisme et de l’amour.
Des amours entre femmes, excessives, altérées par l’obsession et la rage, tendues jusqu’au paroxysme, jusqu’au point de bascule, éventuellement jusqu’à la chute. Car, chez Martine Roffinella, tomber amoureuse c’est vraiment chuter : ni équilibre, ni élévation en amour et point de bonheur — encore moins de bonheur conjugal.
Lourdement affublés de l’étiquette "érotisme saphique", ses textes ne sauraient pourtant être des modèles du genre, ni ses personnages des archétypes féminins ou lesbiens. Ce qu’ils déclinent plutôt c’est la dramatisation de l’attirance et du sentiment, leurs outrances, leur tyrannie.

Dans son premier roman, Elle (1988), on assiste à la fixation d’une adolescente pour sa professeure, à la montée implacable d’un désir bâillonné dont la frustration mène à la persécution.
Mise à nu (1999) se complait ensuite à gratter la plaie de la jalousie : journal minutieux du dépit de la dépossession, du ressassement de l’imagination soupçonneuse, de l’exacerbation de la haine.
Le Fouet (2000) est cinglant. Il évoque une tache indélébile, celle des humiliations cuisantes d’une enfant qui s’exprime vingt-cinq ans plus tard dans une traque de partenaires à avilir.
Dans la continuité de Elle, Les Indécises (2002) reprend le thème de la contention du désir : deux femmes travaillant ensemble sont hantées l’une par l’autre ; l’une se nourrit solitairement du poison de l’attente, aliénée au rêve de se faire aimer de l’autre, épouse et mère qui se refuse la possibilité de cet amour tout en épiant les plus infimes signes de séduction.
Finalement, la sexualité s’exhibe complètement dans Unes (2005), opuscule aussi intense que la faim de possession charnelle et la jouissance qui s’y expriment, toutes saveurs et fantasmagories intimes exposées.

Attention, cette auteure est redoutable. Plutôt rebutée par l’évocation d’amours acharnées et douloureuses, j’ai pourtant persisté à la lire — avec même une quasi fascination pour Mise à nu. Son écriture procède de la distillation : toute tendresse et toute modération éliminées, elle ne dégage que le plus vif. Ses textes sont aussi entêtants que des concentrés de parfums et ils ont la précision et l’éclat des enluminures. Sans aucun doute remarquables, en tout cas à mille lieues d’anodins divertissements.



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