Centre LGBT Paris-ÎdF, le Centre Lesbien, Gai, Bi et Trans de Paris et Île-de-France

Eté de corruption, de Stephen King

 

Pour rester sur la vague estivale, après vous avoir fait découvrir « Mort d’une drag-queen » un été en Australie, je me suis dit qu’un petit voyage en Californie vous ferait du bien pour affronter la rentrée. Je vous embarque donc pour un « Eté de corruption », nouvelle extraite du recueil « Différentes saisons » de Stephen King. La nouvelle est sous-titrée « Un élève doué ». Vous vous imaginez déjà une histoire gay entre un coach et son élève (cela est-il possible, chez Stephen King ?), à coups d’auto-bronzant et de muscles bien huilés.

En réalité, il s’agit de l’histoire d’un jeune adolescent californien, Todd, qui deviendra un bel étudiant américain exemplaire, sportif bien entendu, qui reconnaît et démasque l’un des plus grands criminels nazis, Kurt, ancien directeur de camp de concentration planqué pas très loin de chez lui. Mais le jeune homme n’a pas forcément envie de le dénoncer. Sa fascination pour sûrement la plus noire des périodes de notre histoire le pousse à un chantage inattendu : ou le vieil homme raconte dans les moindres détails sur chaque sujet demandé, ou il est directement livré aux autorités.

Se noue alors une relation ambiguë entre les deux hommes, entre haine et complicité, complicité dans le mensonge aux yeux du monde et complicité dans la confession la plus intime. Mais comment le cerveau d’un enfant de 13 ans peut-il encaisser tout un tas de charniers humains, dans un tableau précis et sans camouflage puisque le mot d’ordre - tout raconter - est simple ? Ce qui est passionnant dans cette nouvelle d’épouvante, c’est l’évolution de la relation et de ses pôles dominant-dominé.

Stephen King ne se complaît pas dans le récit de l’horreur – d’ailleurs les quelques passages qui racontent les camps de concentration sont très minimes et plutôt brefs. Ce qui compte, c’est la manière dont un esprit naïf, vengeur - puisque forcer un vieux criminel de guerre nazi à se souvenir de ses actes alors qu’il est en fuite et fait tout pour oublier ce passé est une vengeance - peut se laisser prendre à son propre piège dans une obsession malsaine voire coupable pour le crime suprême. À cette analyse psychologique on peut associer la découverte adolescente de la sexualité. Cette immersion dans le conscient et l’inconscient des personnages, de leurs rêves notamment, est bouleversante.

Il y a un passage, notamment, qui vaut le détour. Il s’agit du premier cadeau de Noël, et du dernier d’ailleurs, que Todd offre à Kurt : un uniforme SS. L’adolescent oblige alors le vieillard à enfiler le cuir et le latex et entamer une marche endiablée. Au départ, le vieillard hésite et souffre. Puis, la machine s’emballe et retrouve ses vieux réflexes, l’homme devient presque incontrôlable. Peu à peu les pulsions violentes vont revenir et remplacer la gêne et la douleur engendrées par ce chantage enfantin et malin à la fois. « Arrêtez ! », hurle l’adolescent en sueur froide.

Ce thriller psychologique est non seulement flippant, mais c’est aussi un hommage à la Mémoire. Stephen King n’a rien pu écrire durant trois mois après ça. Faut dire qu’il avait pondu « Shining » juste avant... Sur ces mots, une bonne rentrée « shining » à tous, que le soleil continue de briller sur toutes les peaux, tatouées ou pas tatouées…

Vincent Cheikh



Faire un don au Centre LGBT Paris-ÎdF, le Centre Lesbien, Gai, Bi et Trans de Paris et Île-de-France Adhérer au Centre LGBT Paris-ÎdF, le Centre Lesbien, Gai, Bi et Trans de Paris et Île-de-France


© Centre LGBT Paris-ÎdF | Page des Volontaires | Page du CA | Réservation de salles | Plan du site | Contacter le webmaster | Site réalisé avec SPIP 3.2.1