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Des nouvelles de Mireille Best

 

Par Catherine (mai 2010)

A l’écart des narrations qui exhibent, brodent et se répandent, l’écriture de Mireille Best entrouvre délicatement des parenthèses, trace en pointillé, laisse en suspension. Au premier abord, elle déroute légèrement avec un usage très singulier de la ponctuation, des dialogues un brin décousus et des intermittences du récit — interruptions, retours et ricochets comme un insaisissable flottement dans les histoires. De cette écriture et de son auteure décédée en 2005 subsiste l’œuvre édité par Gallimard : trois romans ainsi que quatre recueils regroupant les nouvelles, Les Mots de hasard (1980), Le Méchant petit jeune homme (1983), Une Extrême attention (1985) et Orphéa trois (1991), soit 18 histoires, toutes ou presque tissées autour de personnages féminins.

Adolescentes, mères, grand-mères, épouses, compagnes, amantes, amies, voisines, étrangères de passage et cætera, ces femmes sont aux prises avec une réalité rude ou bien avec des situations d’une aride banalité, le « ronronnement huilé des choses ordinaires ». Porteuses de rêves secrets modestes, ce sont souvent des êtres en retrait dont toute la richesse de sentiments, de poésie et de désirs se laisse deviner dans les non-dits.
Les affinités, les élans de tendresse étouffés, un désir fugace, l’esquisse d’une fantaisie, de « soudains accès d’audace » transparaissent furtivement dans de brèves manifestations : mimiques minuscules, battement de paupière, froncement de sourcil, vacillement du regard ; dans de menus changements de la température corporelle ; dans un frôlement, un effleurement, d’infimes tressaillements, un souffle, l’ébauche d’une caresse, un frémissement de peau. On décèle ainsi quelque chose d’aussitôt contenu, qui reste sur la réserve ou qui évite de se répandre, ce que ces femmes ont préféré taire, leur perpétuelle esquive, une « possibilité indéfiniment remise à plus tard », leurs étreintes fugitives ou leur renoncement.

Dans ces portraits et ces moments choisis, il y a quelque chose qui évoque la peinture impressionniste : une attention très particulière portée à l’atmosphère, aux vibrations de l’air, variations de températures et contrastes de lumières. Mireille Best dépeint plus qu’elle ne raconte. Elle dépeint, pudiquement, avec une émouvante douceur et une ironie désabusée, l’amour et la nostalgie de ce qui aurait pu être.



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