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Carol, de Patricia Highsmith

 

Comme à son habitude, l’industrie du cinéma sait cultiver le suspens. Voilà déjà quelques mois que sont distillées les images du film CAROL, qui promet d’être le film lesbien 2015. Il s’agit visiblement d’une superproduction à l’américaine, en costumes et autos des années 50. Le suspense est savamment orchestré. Les vidéos disparaissent des sites ici, pour réapparaître là. On les piste, à la recherche d’une image déjà vue, mais qu’on prend plaisir à revoir… Mais avant d’être un film, c’est un roman, le second, de Highsmith. En raison de son sujet sulfureux, l’auteure fut contrainte de le publier sous un pseudonyme. C’est donc sous la plume de Claire Morgan que fut édité CAROL.

Ce qui fit tiquer les éditeurs paradoxalement, ne fut pas tant qu’il parla d’homosexualité. À l’époque, déjà, le sujet était abondamment traité. Mais cette fois-ci, contrevenant aux lois tacites du genre et de la morale, l’auteure décida de donner une fin heureuse au roman ! Là était la subversion. Highsmith dut louvoyer pour voir publier ce roman. Pour notre bonheur à toutes, le succès de librairie qui s’ensuivit ainsi qu’un courrier des lectrices abondant et laudatif saluèrent ce choix éditorial courageux. Et Hollywood vient aujourd’hui en apothéose d’un succès qui ne s’est jamais démenti.

Mais quel roman ? Un roman policier ? Oui, si on considère quelques clichés du genre. Mais enfin, cela sent le prétexte. Car ce qui fait la qualité de l’histoire est ce cheminement qui fait de la rencontre de deux femmes, l’histoire de toute une vie. À l’instar des romans de caractère balzacien ou flaubertien, Highsmith transcende son talent et sous couvert de littérature de genre, franchit sans problèmes les portes de ce que les puristes nomment « la littérature ».

L’histoire racontée par Highsmith / Morgan, commence par la rencontre d’une femme belle et bourgeoise, en rupture de mariage, et d’une jeune vendeuse de grands magasins new-yorkais. Voilà nos deux protagonistes en présence : Carol et Thérèse. Le coup de foudre, s’il n’est pas compris de la jeune Thérèse, est pourtant immédiat. Carol en sait plus sur le sujet. Nous ne le saurons que bien plus tard. Et cette rencontre qui se fait évolue par la suite en road movie singulier, à la mode américaine. Les routes et les motels sont là, avec leur charge onirique et symbolique. Le voyage physique devient trajectoire mentale et l’amour fait son chemin. Mais pas seulement. Car cet amour n’existe que par la compréhension par Thérèse de qui elle est et de ce qu’elle veut. Compréhension et affirmation. De jeune vendeuse presque naïve, nous la voyons devenir une femme accomplie et sûre de sa sexualité, de son amour. Cet amour, pour exister, devra aussi passer par le renoncement. Carol doit choisir entre sa position sociale, une vie de famille, sa fille, et Thérèse. Le fera-t-elle ? Au final, la plus forte des deux ne sera peut-être pas celle que l’on croit. Mais de leurs fêlures respectives, elles sauront faire une force. Aimer, c’est aussi se rendre vulnérable.
Le roman reste totalement d’actualité. Ce cheminement raconté avec force et pudeur d’un amour qui revendique sa liberté, n’a rien de suranné. À preuve sa mise à l’écran actuelle, avec, dit-on, Cate Blanchett dans le rôle-titre ! Alors, il est plus que temps de lire (ou relire !) ce roman magnifique et d’une très grande force.

Antigone



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