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Philippe Besson : dix ans pour se perdre

 

Par Thomas (avril 2011)

En 2001, le jeune DRH d’une société de l’Internet faisait paraître son premier roman, En l’absence des hommes , chez Julliard. Le récit à la première personne de Vincent de l’Etoile, jeune Parisien de 16 ans, fils d’une famille aristocrate empêtrée dans les conventions sociales du début du XXe siècle. En cette fin août 1916, Vincent vient de faire deux rencontres qui vont à jamais bouleverser son existence. Celle du grand écrivain Marcel Proust d’abord qui, malgré ses 45 ans, devient son ami et son confident. Et surtout celle d’Arthur Valès, le fils de la gouvernante, 21 ans, soldat sur le front, en permission chez sa mère à Paris.

Vincent passe ses après-midis avec Proust, et ses nuits avec Arthur. Car il a succombé à un vrai coup de foudre, découvert l’amour et le plaisir charnel. Les deux jeunes hommes vivent sept jours (sept nuits plutôt) d’une passion fulgurante. Avant Arthur, Vincent ne s’était jamais interrogé sur sa sexualité et sur ses désirs. Avec Arthur, il fait donc son apprentissage en toute innocence, sans se poser d’abord de questions sur son « inversion ». Ces questions, il ne se les posera qu’une fois Arthur reparti au front, quand son amant lui manquera, quand il se rendra compte qu’il ne peut parler à personne de cet amour, sinon à son cher Marcel. Va s’engager pour lui une double correspondance : avec l’écrivain, parti à Illiers régler quelque affaire familiale, et avec son amant qui lui décrit les tranchées, les combats, la mort…

Ce premier roman de Philippe Besson inaugurait une série de quatre ou cinq autres, qui allaient confirmer son talent. Une écriture à la fois douce et triste, des personnages en proie au doute, à la passion et au tragique, une vraie poésie des sentiments. Son frère , L’Arrière-saison , Un garçon d’Italie , Les Jours fragiles allaient chaque année enchanter la rentrée littéraire et nous offrir de doux et tristes moments. Car chez Besson, l’amour (homosexuel) est innocent, simple… et en même temps toujours voué à l’échec. La mort rode toujours, et finit par frapper tous ses personnages qui ne demandent rien d’autre que de s’aimer en silence.

En 2011, Philippe Besson sort son dixième roman, Retour parmi les hommes , toujours chez Julliard. Depuis 10 ans, qu’est devenu Vincent de l’Etoile ? Il a quitté l’hôtel particulier familial et son milieu, il a visité l’Italie, découvert l’Afrique avant d’arriver à New York. Un jour, un détective le retrouve et le ramène à Paris, auprès de sa mère. Proust et Arthur sont morts. Alors Vincent promène sa solitude du côté de Montparnasse où il tombe amoureux de Raymond Radiguet (c’est marrant parfois, les hasards), qui devient son amant avant de mourir à son tour…

Dix ans plus tard, donc, en reprenant son premier personnage, Besson tente de renouer avec la veine des débuts, et s’expose donc tout naturellement à la comparaison. Et là, le constat ne peut qu’être cruel. On ne retrouve absolument plus rien de ce qui faisait la beauté du premier livre. Le narrateur (l’auteur ?) parcourt le monde à la vitesse grand V, multiplie les lieux communs et les phrases creuses. Il nous inflige la description mille fois lue de la traversée transatlantique puis de l’arrivée à Ellis Island. Il nous sert en dix lignes sa version humaniste du monde ouvrier des années 20. A Paris, il nous ressort l’amour et le grand écrivain maudit. Mais plus rien ne marche, on n’y croit plus, on ne ressent plus rien, sinon le sentiment de nous être laissés avoir par une simple accroche : « En l’absence des hommes – Le retour ».

Car depuis quelques années, Philippe Besson semble s’être totalement perdu. De DRH, il est devenu écrivain, puis people touche-à-tout. Décrypteur de l’affaire Grégory, acteur chez Hanneke, chroniqueur chez Ruquier, sur Jimmy et sur Paris Première, il a même repris Paris Dernière depuis quelques mois. Il a un avis sur tout, il apparaît partout, il est un peu un nouveau Gérard Miller, caution « intellectuelle » et faussement politiquement incorrecte du paysage médiatique français. Encore dix ans et il finira dans un Loft de célébrités sur TF1 ? Que le personnage médiatique énerve de plus en plus, on lui pardonnerait sans doute s’il restait l’écrivain simple et enchanteur des débuts.

Mais voilà, un roman de Besson aujourd’hui se lit en 2 heures, et on en sort totalement indifférent. C’est bien écrit, mais ça en reste là. Les ressorts sont toujours les mêmes, et l’auteur, depuis quelques années, ne sait plus que nous narrer les petites émotions habillées de tragique de ses personnages, sans nous les faire plus jamais éprouver. Il survole ses personnages et ses situations. Est-ce un manque de travail, ou une lassitude ? Est-il encore besoin qu’il publie son roman annuel à la manière d’un « Amélie Nothomb du gay » ? Ne risque-t-il pas sinon de devenir un simple producteur de romans, voire un produit commercial, s’il ne l’est pas déjà devenu ? Restent heureusement ses premiers romans que je conseille vivement à ceux qui ne les ont pas encore lus, ou à ceux qui comme moi auront l’idée de les relire, pour y retrouver un tout autre écrivain qu’aujourd’hui. Laissez-vous envahir par ses premiers romans et oubliez les suivants…



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